National Geographic behind the scenes

J’ai toujours rêvé d’être un aventurier. Les cheveux en désordre et une barbe de trois jours, un vieux jean, un vieux T-shirt, et sur les bras, des tatouages compliqués. Il part le matin et ne sait pas où il va atterrir. Il sait piloter tout ce qui vole et peut pagayer pendant des mois sur les rivières les plus démontées. Il connaît tous les sentiers d’Amazonie, ne s’affole jamais, peut discuter avec n’importe qui, n’importe où, et dans n’importe quelle langue, est capable de partir en expédition sur les traces d’un explorateur disparu juste parce qu’il a lu une annonce dans le Times, comme Peter Fleming. Et bien sûr, il est photographe ou écrivain pour National Geographic.

Il y a douze ans, quand je suis entrée dans le bureau du rédacteur en chef François Marot, c’était pour un projet beaucoup plus sérieux, pour lui proposer un reportage sur Médecins du Monde au Rwanda, mais, au fond, ce qui comptait c’était la couverture jaune, faire partie de la légende, remonter ses manches et plonger dans l’aventure.
A l’époque, les bureaux de NG étaient au 90 rue de Courcelles, près du parc Monceau. Magdalena Herrera, l’Art Director franco-cubaine, sélectionnait les clichés des plus grands photographes du monde revenus du Népal ou Manille. Le bureau de François croulait sous les papiers, les images, les idées de couvertures et de reportages. Chaque seconde, quelqu’un venait frapper, entrait ou sortait, allait prendre un café et revenait défendre son projet. Je le revois, fumant sa pipe, fichtrement calme, au milieu de ce capharnaüm. Peut-être ais-je tendance à enjoliver, mais je ne crois pas. Un univers extraordinaire s’ouvrait pour celui ou celle qui débarquait là pour la première fois.
Le message était clair : « tu entres ici dans un espace mythique », et ce jour là, je voulais coûte que coûte en faire partie. Il y a eu le Rwanda, le Chili, des choses terribles et des choses belles. Et toutes les histoires racontées par d’autres. Les reportages qui vous vrillent le ventre. Les photos capables de mettre à nu le tréfonds de l’être humain. Tous ces paysages magnifiques, cette nature dévoilée en majesté, cette conviction aussi, qui invite à comprendre et à préserver la planète. Tout ce qui fait que ce ne sont pas que des mots, que des images plates, plaquées sur un papier.
Combien de magazines font autant rêver ? Collent d’aussi près à l’univers, aux canyons, aux jungles, à la furie de notre temps, aux évènements qui font notre monde ? Combien ont raconté les conflits, les immenses et minuscules merveilles de notre terre, sans hystérie, sans sentimentalité ni exagération, et continuent à faire rêver toutes les générations ? Et où, à notre époque, trouve t-on encore une pareille légende, un tel esprit d’aventure, une pareille histoire ? J’y pensais l’autre jour en arrivant dans les nouveaux bureaux de NG. J’ai croisé Magda, toujours belle et passionnée. François avait son bureau croulant de papiers comme avant, de couvertures jaunes qui sentaient bon l’aventure. Ne manquait plus que l’odeur du café.

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Une réponse à National Geographic behind the scenes

  1. V. dit :

    Un petit bonjour de Provence et toutes mes félicitations pour l’originalité de vos récits. Avez vous déjà songé à intégrer les écrivains voyageurs ? V.

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