Dans la même direction

L’autre jour, je suis passée à la clinique de Bertrand, à Paris. Ce mois-ci son association (Association Chirurgie Plus) reçoit son 30ème chirurgien. J’ai eu envie d’arrêter le moment par une photo. En arrivant, j’ai demandé où ils étaient. On m’a dit « Allez voir aux consultations ». En fait, ils discutaient boutique devant la machine à café. En les voyant, j’ai pensé, voilà, plus de deux ans que ça marche. Plus de deux ans que l’aventure continue, et pas un mois n’a passé sans qu’un chirurgien étranger ne vienne à Paris, dans un grand service, apprendre ce qui lui est utile dans son pays. Pas un mois, sans que Bertrand ne reçoive une demande et contacte ses confrères pour rendre ce séjour le plus efficace possible, que sa secrétaire Véronique n’organise un séjour, que le studio prêté ne soit prêt pour le recevoir. Et ça, en plus du programme opératoire de Bertrand, avec l’aide des chirurgiens parisiens et d’amis. Que ferait-on sans vous ?
Le chirurgien de ce mois-ci vient de Madagascar et a demandé à se perfectionner en chirurgie cardiaque. Il a passé le mois à l’hôpital Marie Lannelongue, dans l’un des meilleurs services de cardiologie de France. Je les ai regardés boire leurs cafés comme s’ils avaient opéré ensemble depuis toujours. C’était une discussion comme tant d’autres entre deux chirurgiens et soudain, j’ai pensé que c’était ça l’important. Le contact. Le moment où nous croisons d’autres vies et ce que nous en faisons. Ils parlaient de chirurgie, de Madagascar, de Paris. J’ai voulu me mêler à la discussion (dans ma modeste mesure !) mais ils étaient déjà repartis travailler, dans la même direction.

Association Chirurgie Plus

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Does this tempt you?

Tout a commencé dans le TGV pour Avignon il y a une dizaine d’années. Carolyn et Bing étaient face à nous, dans le compartiment du fond, l’espèce de petit salon rond. Quand ils ont sorti les cartes et les guides, j’ai offert mon aide à Carolyn. Nous nous sommes mises à discuter. Comme souvent dans ces cas là, les hommes eux, regardaient ailleurs en se demandant à quoi ça servait. Carolyn et Bing venaient de Pittsburgh et auraient pu être nos parents. On avait un peu deviné qu’ils étaient américains. Nous nous sommes quittés devant le guichet d’Hertz et ce jour là,  j’ai été consciente d’avoir rencontré quelqu’un de passionné par la vie. Je crois que nous avons vite su qu’il y avait de grandes chances pour que nous devenions amies.

Nous avons gardé le contact. Compte tenu des kilomètres qui nous séparaient, il aurait pu s’effriter, mais cela n’a pas été le cas. Quelques semaines plus tard, un paquet m’arrivait par la poste. Le Sun Valley Magazine. A l’intérieur, un article montrait une maison ultra-moderne plantée en pleine montagne de l’Idaho. Carolyn avait juste mis un post-it sur la page, disant : « Does this tempt you? »

La réponse allait de soi. Quelques jours plus tard, nous débarquions à Ketchum dans la Sun Valley. Un voyage décidé en dix secondes. D’abord, il y a eu le choc du paysage. Mon paysage idéal où que cela soit au monde. De l’espace à l’infini et de la nature  immense, splendidement préservée. Ensuite, le fantastique accueil de Carolyn et Bing. Enfin, le travail de Carolyn.

Les chances de découvrir des gens hors de son circuit habituel sont minces. D’apprécier leur travail, encore plus. Carolyn est sculptrice et son atelier est dans sa maison, devant les montagnes et le paysage sublime. Elle s’inspire de la nature qui l’entoure, crée des feuillages, des tiges, des plantes magiques qu’elle réinvente à sa manière. Elle réalise aussi des mosaïques grandioses qui ornent des synagogues. Son travail est élaboré et précis. Il est aussi, philosophique, spirituel, humain. Comparé à d’autres travaux de sculpteurs, il apporte une paix qui tient du miracle. Il l’a aidée à rebondir après son cancer, dit-elle. C’est le genre de travail qui oblige à regarder le monde. En ce moment, elle prépare une mosaïque de quelques 4 mètres de long, une sorte  » forêt primitive bizarre » comme elle l’appelle. Elle a exposé à Seattle, Washington, San Francisco, à Pittsburgh l’année dernière. Elle travaille aussi à des histoires pour sa petite-fille et exposera bientôt de nouveau à Pittsburgh et dans la Sun Valley,… A chaque fois qu’elle me raconte ce qu’elle fait, je pense à ma mère qui vient de s’acheter un ordinateur à l’âge où certains sont à la retraite depuis une bonne vingtaine d’années, et à tous mes amis qui ont cette même énergie, cette vitalité qui ne leur font jamais baisser les bras, qui s’activent, s’impliquent, explorent les choses encore et encore, rient, rebondissent, avancent toujours, sont un hymne à la vie.

Carolyn OLBUM Sculpture : www.carolynolbum.com

Aussi à : Gail Severn Gallery (Ketchum/Idaho), and Asian Influences (Pittsburgh, Pennsylvanie)

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Lames du voyage

C’était en septembre, je crois, et notre ami Yves Carcelle venait d’acquérir son œuvre monumentale. Un gigantesque assemblage de lames de bois, réalisé par des étudiants de l’école d’architecture de Londres.
Rien que le transport avait déjà représenté une sacrée aventure. Il avait fallu trouver un camion, faire voyager les lames, les remonter sur place (c’est à dire dans sa maison près de Pézenas). Une dizaine d’étudiants, peut-être plus, étaient restés une semaine chez Yves pour tout organiser. Pas le genre de chose qui arrive tous les jours dans ce coin là.

Quand nous sommes venus, c’était un week-end. Il faisait un temps splendide. On voyait l’œuvre de loin, dégoulinante de soleil. Il mettait en relief tous les détails dans des teintes violentes d’ocre et vermillon. Un travail magnifique. Soudain, cela m’a fait penser à cette vague, the Wave, datant de million d’années dans Paria Canyon, entre l’Utah et l’Arizona. Même image, mêmes courbes, mêmes reliefs, mêmes lames rouge vif. Comment la nature et l’humain avaient-ils pu produire presque la même œuvre à des milliers de kilomètres de distance et au delà des millénaires ? Créer un ouvrage artistique aussi complice ? Ils avaient mille manières d’agir et ils avaient fabriqués ces lames là, pratiquement à l’identique. C’est peut-être ça que l’on appelle le langage universel ? En tout cas, j’ai trouvé ça fascinant.

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