Montana, comme dans un roman

A peine sortie de Missoula, j’ai compris pourquoi tant de gens tombaient amoureux du Montana. D’un coup, plus de ville, plus d’immeubles. C’est assez étonnant d’ailleurs cette rapidité de changement. Aucun préambule. Pas de préparation. Subitement, on se retrouve avec la forêt, la route, et la rivière de Norman Maclean, (A River Runs Through it -La Rivière du Sixième jour), la célèbre Blackfoot. Elle est là, collée à la route comme une ombre. Et quand elle n’est pas là, on la sent, on la devine. Je ne sais pas ce qui me plait le plus. Que cette rivière soit décrite avec autant de passion dans un récit aussi raffiné, ou que Norman Maclean ait écrit ce livre, son premier, à 70 ans. Il y a quelque chose de terriblement émouvant dans cette recherche de la touche finale. J’imaginais les heures qu’il avait dû passer à scruter les reflets de l’eau, assis dans son canot. Les petits détails et les astuces que connaissent seulement les gens d’ici. La mélancolie qui attrape soudain, de façon terrible, quand on est seul. Ce roman, écrit dans la dernière ligne droite, après avoir passé sa vie à apprendre Shakespeare à des étudiants. En m’enfonçant dans la forêt avant d’arriver à l’hôtel, j’ai repensé à la première phrase « Dans notre famille, nous ne faisions pas clairement le partage entre la religion et la pêche ». C’est pas une belle façon de commencer une histoire, ça ?

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Montana – Eloge de la route

Je n’imagine pas un vrai voyage sans route. Philosophiquement parlant, les moments sur la route sont passionnants. Ils forcent à voir un pays et les gens sous un nouvel angle, à explorer un autre aspect des choses. Dans les villes, on doit suivre des règles, c’est inévitable. Si on s’arrête subitement, sans raison particulière, si on se met à chantonner, à rire, ou à faire quoi que ce soit de spontané, les gens s’effraient, se montrent souvent hostiles. Sur la route, on peut stopper où on veut, rester assis dans un coin sans rien faire, contempler le ciel ou ce que l’on veut, les gens ne s’étonnent pas. Les choses qu’ils n’acceptent pas en ville ici, ils n’y font pas attention. C’est un espace de liberté énorme. En même temps, cela permet de balayer pas mal de stéréotypes que l’on peut traîner sur un endroit. On prend plaisir à entrer dans une station d’essence pour un café chaud, à rompre la monotonie avec des touristes. Comme on doit souvent tenir une certaine durée, on éprouve de la sympathie pour des évènements qui autrement nous passeraient à travers. On peut réfléchir tranquillement à tout un tas de choses, à des nouvelles idées, à ses problèmes, à ce vous a amené là. Comme cette image que j’ai retrouvée dans mon sac…

Cette photo a été prise dans les années 30. Avant que l’Europe n’entre en guerre. Avant que l’Amérique du Sud ne soit une bulle d’insouciance pour les européens à peine sortis d’années de drames. Nous, nous allions les connaître bien après. Elle a été prise quelque part sur la route de Vina del Mar où mon grand-père et ma grand-mère aimaient aller en voiture. La ville avait été en partie détruite par le tremblement de terre de 1906 et reconstruite dans un style néo-classique. On venait d’ouvrir le casino – aujourd’hui l’un des plus anciens casinos d’Amérique du Sud. L’hôtel O’Higgins n’allait exister qu’en 1936. Le Miramar en 1945. La ville n’était pas aussi connue que maintenant, mais elle attirait déjà les chiliens et de nombreux visiteurs internationaux. Mon grand père avait la sclérose en plaques et malgré cela, il voyageait énormément, souvent d’ailleurs pour se soigner. Il aimait la route. Plus tard, il traversa la Palestine, la France où nous allions un jour aller vivre, l’Allemagne en 1934… Il lui arrivait de passer plusieurs mois dans un endroit. Ici, il est avec ma grand-mère d’origine autrichienne. Quand je l’ai connu, il était déjà très malade et ne voyageait plus, mais il aimait regarder de temps en temps des photos comme celle-ci. Toute une manière de voyager et de vivre depuis longtemps disparues.

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Montana, Missoula, bars et écrivains

Missoula, c’est la halte des cow-boys, la pause des écrivains, la civilisation pour ceux qui vivent isolés dans un autre monde, quelque soit leur job. Et les bars de Missoula, c’est l’inspiration à portée de bière. On ne compte plus les anecdotes qui s’y racontent. Comme on ne compte plus les portraits d’habitués inconnus, de sportifs célèbres, d’écrivains s’étant finalement fait un nom, accrochés aux murs. Il n’y a qu’à pousser la porte (quand elle n’est pas déjà ouverte). Tout est là, à même la rue, flottant dans une sorte de bouillon opaque. Une anecdote ? Voyons… C’était un soir. Richard Hugo, James Welch et J.D Reed entrèrent au Dixon bar après une bonne partie de pêche. Aidés de quelques verres et avec la nuit qui avançait, ils décidèrent d’écrire chacun un poème ayant pour titre «The only bar in Dixon». Tous les trois envoyèrent leur version au New Yorker. Et à leur grand étonnement, les trois poèmes furent publiés, côte à côte, dans le même numéro du 10 octobre 1970, sous le titre « The Only bar in Dixon ». Les bars de Missoula ont toujours cet air d’enfermer des trésors. Il n’y qu’à entrer, s’asseoir, et commander une bière.

Quelques bons bars de Missoula (et mes écrivains favoris) :

Charlie’s B, 428 North Higgins

Jack’s, 109 Taylor St Saco

The Depot, 201 W.Railroad Avenue

The Rhino, 158 Ryman Street

Missoula Club Burgers & Beer, 139 West Main Street

Stockmans café & bar, 125 W.Front Street

Fréquentés un jour ou l’autre par : Jim Harrison/NormanMCLean/Richard Hugo/James Welch/J.D Reed et d’autres…

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