Green trip & fashion story

Photo Julio Piatti - www.juliopiatti.com

Quand j’étais enfant, nous vivions à la campagne, isolés du monde. Le village le plus proche était à plusieurs kilomètres. Santiago, à une heure de route. Je ne connaissais ni buildings, ni immeubles, ni avenues, ni métro. Je pouvais passer des heures à chercher une araignée dans les montagnes. Je frappais le sol, et au bout d’un moment, elle sortait. Une belle mygale toute duveteuse, que je faisais courir sur mon bras.

Mes parents avaient l’habitude de partir à cheval dans la Cordillera de la Côte, à 1400 mètres d’altitude. Ils prenaient des fusils de chasse pour se protéger des pumas, et aussi de la viande séchée, des biscuits, du pain de la ferme qui durait plusieurs jours, mettaient tout dans des paniers, et traversaient la Cordillera par un passage étroit, réservé habituellement aux bêtes. La montée n’était pas facile, mais une fois en haut, on avait une vue fantastique sur la vallée et les forêts de sapins. Ils passaient par des cavernes où durant la journée, se cachaient toutes sortes d’animaux aujourd’hui en voie d’extinction, croisaient des troupeaux de bœufs et de moutons sauvages. Les forêts regorgeaient aussi de perroquets choroy, une espèce endémique du Chili. Ils en ramenaient d’ailleurs souvent à la maison, mais les bestioles étaient si odieuses et si difficiles à apprivoiser, que nous finissions par les relâcher. Quand ils étaient à moitié de chemin, qu’il y avait de l’eau proche et que la vue paraissait la plus belle, ils installaient leurs tentes dans la forêt et faisaient un feu pour éloigner les pumas. De là, on voyait toute la vallée centrale. Des aigles passaient au-dessus de leurs tentes jusque tard le soir et de grands condors se promenaient dans le ciel comme s’ils faisaient une simple balade. J’y pense souvent quand on me parle de protection de la nature. Une question qui ne se posait pas en ce temps là. On ne trouvait pas de papiers par terre, pas de mégots, pas de canettes vides. On se baignait dans les rivières. C’était simple. Comme cela devrait toujours l’être. C’est un peu comme une belle chemise blanche à laquelle on tient. On voit ce beau tissu bien net et propre, et on n’a aucune envie de le tâcher. On espère même le garder le plus longtemps possible exactement tel qu’il est.

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Wyoming, angoisse sur le vol 5477

Certains s’imaginent que mes voyages sont des piece of cake. Otez vous tout de suite cette idée de la tête. Vous voulez un exemple ? Wyoming par Salt Lake City (parce que pas de vol direct depuis Santa Fe bien-sûr). 4 heures de retard au décollage, avec tout le monde déjà dans la cabine de la taille d’un fortune cookie et un simili jazz en fond sonore (rien de tel qu’un solo de trompette à 7 heures du matin). Le vol étant normalement d’environ 1h30, pas de toilettes, ni biscuits ni de boissons alcoolisées évidemment. Juste de l’eau. Et quand on vous annonce que cinquante avions attendent avant le vôtre, qu’une summer monsoon déferle dehors, et que vous voyez des agents de maintenance s’activer autour de l’appareil comme s’ils s’étaient envoyé une piscine de Red Bull, ce n’est pas assez je vous assure.

Ce que je préfère dans ces cas là, ce sont les réactions des gens. Le steward était très décontracté. Le Dean Martin de l’aviation. De toute façon dit-il, une tornade nous attendait à Cody, Wyoming, D’ailleurs, ajouta t-il pour faire montre de savoir, le Wyoming était célèbre pour ses « intempéries ». Une tornade classée F4 sur l’échelle de Fujita avait anéanti un village et abattu une forêt de pins pas plus tard que la semaine d’avant.

A côté de moi, un père et son fils. Enfin, on ne voyait pas le père, mais j’imaginais que derrière les couches et autres délicieusetés parfumées, se trouvait un père. L’enfant ne braillait pas encore mais j’attendais. Après, nous avions Britney Spears au téléphone avec une amie qui je compris se trouvait sur le tarmac, mais avec le niveau sonore de la conversation elle aurait pu être à Pékin. Encore après, mes préférées, deux femmes demandant toujours quelque chose « Vous avez des crakers ? » «C’est lamentable le service, tu ne trouves pas ? » « On va se plaindre à Travel Net», « Steward? », «Eh, vous, Steward !!! » Franchement, pas la peine de me proposer un poste d’hôtesse. Tout le monde serait mort dans l’heure.

La bonne nouvelle c’est, nous avons finalement décollé. La mauvaise nouvelle c’est, nous avons finalement décollé. Le steward avait raison. Une tempête phénoménale nous attendait à Cody. Dans le mini aéroport, un groupe de locaux tenait bon, armés de Sprite et de potato chips. Donc, 6 h de vol de Santa Fe à Salt Lake. 1h 30 de Salt Lake a Cody. 4 h de sur place. Une poignée d’heures de plus, perdues de ci de là.

Conduire sur la route pour aller à Shell, s’avéra, disons, compliqué.

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Ghost Ranch: Georgia O’ Keeffe

Ici, mon âme latina est aux anges ! Les gens encouragent, débordent d’idées, rebondissent à tout va. Vous entrez dans un endroit, on vous en conseille un autre. Vous parlez d’un artiste, on vous adresse au prochain. Sur l’échelle de la spontanéité, Santa Fe arrive dans les premières places, c’est sûr. J’étais à peine sortie du Musée Georgia O’Keeffe (mon genre de musée, pas trop grand, élégant, clair, avec des assemblages raffinés, des photos noir et blanc, une superbe sélection de toiles), et déjà on m’avait pointé une autre direction.

Une maison d’artiste, évidemment. Parce qu’ici l’art est partout. Canyon Road, le marché, les rues alentour. Et dans les montagnes, là où personne n’irait le chercher. Les artistes sont arrivés dans la région à la fin du XIXème, attirés par les paysages fabuleux, la quiétude, la tolérance. Dans les années 20, les sanatoriums de Santa Fe comptaient nombre d’artistes et de gens riches et cultivés. Suivirent les gens aisés du Texas, d’Arizona, du Kansas, trop heureux d’échapper à leurs fournaises (Santa Fe est à plus de 2100 m d’altitude). Ce sont tous ces arrivages, toutes ces fortunes, qui ont fait le mix artistique du Nouveau-Mexique d’aujourd’hui.

Il y a cette force phénoménale de la terre qui explose de soleil, de sang calciné collé aux roches. Ce ciel d’une telle teinte qu’il vous prend à la gorge. Je ne connais pas beaucoup de pays qui offrent ça. Le Ghost Ranch, la maison de Georgia O’Keeffe est au bout d’un chemin calciné, encadré par ces rochers démentiels. Elle découvrit le Nouveau Mexique dans les années 20, s’y retira, y peignit, s’en inspira pour le reste de sa vie. En arrivant, je me suis sentie merveilleusement bien. J’ai pensé à cette existence en pleine nature. A ces univers qui n’offrent pas d’échappatoire possible, où on peut avoir la paix, où on n’a plus qu’à être soi. Où l’immensité est une protection contre les ravages du monde, et le moindre village, un sanctuaire (ici Santo Tomas à Abiquiu).

www.okeeffemuseum.org

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