Montana, où dormir, The Resort at Paws up

L’idée était de trouver quelque chose de différent de ce que j’avais expérimenté dans le Wyoming. Depuis la France, tous les états américains du centre semblent un peu pareils… Une fois sur place, comme toujours, on voit les différences. Le monde est moins uniforme. Les lectures aident. On comprends pourquoi les gens aiment un endroit, ce qui les y a attirés, les fait rester. Et ici, on voit vite que si les gens parlent autant de la nature, des rivières, et de la pêche, c’est qu’il y a une bonne une raison.

The Resort at Paws up, c’était pour dormir dans une tente devant la Blackfoot river. J’avais envie de sentir cette fraîcheur de près, de marcher dans une eau limpide. En fait, je me demandais si ce n’était pas un peu une arnaque, cette rivière idéale décrite dans les romans et tout ce message écolo. Eh, bien non. On peut préférer dormir dans une vraie maison (le resort en propose partout sur l’immense domaine), mais franchement on perdrait l’essentiel. Je parle d’une nuit à écouter simplement la rivière, le frémissement des pins et le souffle du vent. Une nuit comme au temps des chercheurs d’or, sans télévision, sans téléphone, sans google, spam, raseurs, mal lunés, et tout ce qui est fabuleusement chiant dans la vie (mais avec tout le confort imaginable). Une nuit à s’emplir de nature. Et avant ? Avant, on a marché dans la forêt, on a pêché à la mouche (j’y viens, j’y viens), on a dîné devant la prairie avec des terreurs de cinq ans qui font griller des marshmallows sur leurs broches comme des pros et vous foutent la honte (quelque verres de Pinot Noir font passer ça)… On est entré dans la rivière glacée avec l’impression de découvrir le monde.

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Montana, comme dans un roman

A peine sortie de Missoula, j’ai compris pourquoi tant de gens tombaient amoureux du Montana. D’un coup, plus de ville, plus d’immeubles. C’est assez étonnant d’ailleurs cette rapidité de changement. Aucun préambule. Pas de préparation. Subitement, on se retrouve avec la forêt, la route, et la rivière de Norman Maclean, (A River Runs Through it -La Rivière du Sixième jour), la célèbre Blackfoot. Elle est là, collée à la route comme une ombre. Et quand elle n’est pas là, on la sent, on la devine. Je ne sais pas ce qui me plait le plus. Que cette rivière soit décrite avec autant de passion dans un récit aussi raffiné, ou que Norman Maclean ait écrit ce livre, son premier, à 70 ans. Il y a quelque chose de terriblement émouvant dans cette recherche de la touche finale. J’imaginais les heures qu’il avait dû passer à scruter les reflets de l’eau, assis dans son canot. Les petits détails et les astuces que connaissent seulement les gens d’ici. La mélancolie qui attrape soudain, de façon terrible, quand on est seul. Ce roman, écrit dans la dernière ligne droite, après avoir passé sa vie à apprendre Shakespeare à des étudiants. En m’enfonçant dans la forêt avant d’arriver à l’hôtel, j’ai repensé à la première phrase « Dans notre famille, nous ne faisions pas clairement le partage entre la religion et la pêche ». C’est pas une belle façon de commencer une histoire, ça ?

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Montana – Eloge de la route

Je n’imagine pas un vrai voyage sans route. Philosophiquement parlant, les moments sur la route sont passionnants. Ils forcent à voir un pays et les gens sous un nouvel angle, à explorer un autre aspect des choses. Dans les villes, on doit suivre des règles, c’est inévitable. Si on s’arrête subitement, sans raison particulière, si on se met à chantonner, à rire, ou à faire quoi que ce soit de spontané, les gens s’effraient, se montrent souvent hostiles. Sur la route, on peut stopper où on veut, rester assis dans un coin sans rien faire, contempler le ciel ou ce que l’on veut, les gens ne s’étonnent pas. Les choses qu’ils n’acceptent pas en ville ici, ils n’y font pas attention. C’est un espace de liberté énorme. En même temps, cela permet de balayer pas mal de stéréotypes que l’on peut traîner sur un endroit. On prend plaisir à entrer dans une station d’essence pour un café chaud, à rompre la monotonie avec des touristes. Comme on doit souvent tenir une certaine durée, on éprouve de la sympathie pour des évènements qui autrement nous passeraient à travers. On peut réfléchir tranquillement à tout un tas de choses, à des nouvelles idées, à ses problèmes, à ce vous a amené là. Comme cette image que j’ai retrouvée dans mon sac…

Cette photo a été prise dans les années 30. Avant que l’Europe n’entre en guerre. Avant que l’Amérique du Sud ne soit une bulle d’insouciance pour les européens à peine sortis d’années de drames. Nous, nous allions les connaître bien après. Elle a été prise quelque part sur la route de Vina del Mar où mon grand-père et ma grand-mère aimaient aller en voiture. La ville avait été en partie détruite par le tremblement de terre de 1906 et reconstruite dans un style néo-classique. On venait d’ouvrir le casino – aujourd’hui l’un des plus anciens casinos d’Amérique du Sud. L’hôtel O’Higgins n’allait exister qu’en 1936. Le Miramar en 1945. La ville n’était pas aussi connue que maintenant, mais elle attirait déjà les chiliens et de nombreux visiteurs internationaux. Mon grand père avait la sclérose en plaques et malgré cela, il voyageait énormément, souvent d’ailleurs pour se soigner. Il aimait la route. Plus tard, il traversa la Palestine, la France où nous allions un jour aller vivre, l’Allemagne en 1934… Il lui arrivait de passer plusieurs mois dans un endroit. Ici, il est avec ma grand-mère d’origine autrichienne. Quand je l’ai connu, il était déjà très malade et ne voyageait plus, mais il aimait regarder de temps en temps des photos comme celle-ci. Toute une manière de voyager et de vivre depuis longtemps disparues.

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