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Toutes les familles ont leurs traditions. Dans la mienne, c’est le pisco sour. Aucune fête, aucun anniversaire, aucun enterrement ne peut être réussi sans pisco sour. Alors que les familles de mes amis à Paris buvaient du Bordeaux, nous buvions ce « truc étrange ». Le matin de tout événement, mon père commençait par aller acheter une bouteille de pisco neuve – ce qui signifiait régaler de ses exploits les vendeuses de chez Hediard, l’un des seuls endroits qui en vendait à Paris. Il allait ensuite chercher ses citrons verts. Sortait le vieux shaker du placard. Et se mettait au travail. Il coupait les citrons en fines lunes avec un couteau très dangereux, mêlait la très précise dose de pisco et le blanc d’œuf battu dans le shaker, y déversait ensuite des barils de sucre, amenant la tension à son maximum au moment de secouer. Pour un invité étranger, l’effet était saisissant. L’illustration parfaite de Teller préparant sa bombe H. Quand tout était prêt, (et que la cuisine avait été bien saccagée), il émergeait dans le salon et versait le pisco à égale quantité dans des petits verres spécialement réservés à cet effet. Suivait un silence. L’ambiance pouvait chuter sous zéro si le pisco était raté. Sinon, on passait une de ces soirées drôles, bizarres, tendres, hystériques, et il me fallait quatre Advil pour faire passer mon mal de tête le lendemain.
Pour une personne :
10 cl de pisco,
3cl de jus de citrons verts,
1cl de sirop de sucre (ou sucre à volonté),
I blanc d’œufs,
Quelques gouttes d’angoustura bitters.
Verser dans un shaker et bien secouer (Recette familiale)

Alors, je vais essayer d’être claire…
Ca, c’est du typique. Du monde, du bruit, des chiliens venus déjeuner le dimanche en famille, des serveuses bondissant entre les tables comme Psy, et au milieu du brouhaha, notre table tapissée de plats. Trois guitaristes jouaient « Si vas para Chile », un classique qui en a fait pleurer plus d’un (et une). Le niveau sonore donnait l’idée qu’on parlait à des gens basés à… Singapour. Pas de temps morts. Tout ce que j’aime. On a pris tout ce que je n’avais pas mangé depuis des lustres. De la cazuela (soupe de légumes, de riz, de viande ou de poulet), des porotos granados (toute mon enfance, des haricots blancs au potiron et au maïs, si je peux dire). Nous n’étions pas en été, sinon j’aurai commandé un pastel de choclo, my favorite ever (gratin de maïs et de boeuf, que personnellement je préfère saupoudré de sucre). De quoi avons-nous parlé ? Heu… De la situation au Chili, de l’économie qui va plutôt bien. Et d’autres choses encore. Mon ami Jean-Paul Gondonneau a mené le débat. Vous savez comment c’est quand on n’a pas vu ses amis depuis longtemps. J’avais noté tout un tas de trucs intéressants à dire mais après mon troisième pisco sour mon écriture était, disons, hou là…
Dona Tina, comida tipica chilena, http://donatina.cl/
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