Nature, départs, et prochain livre

D’où je viens, on vit dans la nature. Il n’y a presque pas de grandes villes. On est forcément directement dehors. Géographiquement déjà, on donne dans les extrêmes. En Patagonie, quand le vent souffle, on ne parle pas de « brise «. La moindre « brise » souffle à 90 km heure ! Il se passe toujours quelque chose et en général, c’est du brutal. J’avais envie de célébrer ça. D’être chez moi, mais ailleurs. Vous me suivez ? Avec des récits aux quatre coins de la terre, des histoires, des gens croisés, des artistes aimés, comme toujours dans mes livres, Jim Harrison, Alexander Calder, Georgia O’Keeffe, Malcolm Lowry, en Asie, en France, en Italie, aux Maldives, au Canada, au Maroc… Une sorte d’éloge à la nature. Avec aussi des hôtels fantastiques, de tous les styles, qui la préservent partout sur le globe. Bientôt il va falloir penser aux vacances… Moi, je pense à tous ces gens, ces lumières, ces endroits où on peut se réfugier quand les choses dérapent. Où je repars quand je veux rien qu’en fermant les yeux.

[Photo Julio Piatti – www.juliopiatti.com/]

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Un autre genre de voyage

«Alors, ça marche ? »

« On verra ».

Voilà la seule réponse que j’ai eue pendant des mois. Mon mari venait de créer son association humanitaire. Rien n’était sûr. Il n’avait pas l’intention de se réjouir d’avance.

Tout a commencé quand je l’accompagnais en missions pour Médecins du Monde. Il y a eu le Bénin, le Rwanda après le génocide, le Cambodge, à Battambang, une région infestée de mines. Il est aussi parti opérer en Ethiopie pendant la guerre de l’Erythrée, dans un hôpital russe d’Addis-Abeba. Un jour, il a prit quelques heures pour aller visiter Lalibela et ses fantastiques temples creusés dans la roche. Quand il est arrivé, le peu de gens qui étaient là n’avaient pas vus un blanc depuis quinze ou vingt ans.

Au Cambodge, nous partagions une maison avec des démineurs américains. Des types de 20, 25 ans, toujours souriants, qui partaient travailler comme on va au bureau. Nous étions sidérés par leur sang-froid, leur détachement même. On disait que 10 millions de mines étaient enfouies dans le pays. A Battambang, à Along Veng, autour des fabuleux temples d’Angkor … Plus de mines que d’habitants. Pour compléter le tableau, elles étaient de toutes sortes, ce qui fait qu’ils avaient plus de chances encore d’y laisser leur peau.

Peu à peu, l’idée lui est venue. Et si au lieu de partir sans cesse il offrait une formation chirurgicale, ici, à Paris ?

L’idée, tout le monde la trouvait excellente. Mais pour la mettre en place, c’était une autre histoire ! On n’imagine pas comme c’est long et fastidieux de créer une association (loi de1901) quand on n’a pas l’habitude. C’est carrément un autre métier. En plus, il y avait les opérations de tous les jours, le temps qui n’est pas extensible… Je ne sais ni comment ni quand tout s’est assemblé, mais un jour, tout a prit forme, le premier chirurgien était là.

L’association Chirurgie Plus existe maintenant depuis deux ans. Chaque mois, Bertrand reçoit un nouveau chirurgien d’un pays défavorisé, organise son planning avec sa secrétaire Véronique, le loge à Paris dans un studio prêté par un ami, contacte les patrons des grands services parisiens pour qu’il puisse apprendre ce qui l’intéresse. C’est pratique, rapide, immédiatement efficace. A ce jour, l’association a accueilli une vingtaine de chirurgiens.

Il va sans dire que sans le logement mis à disposition, ce ne serait pas possible. Sans les chirurgiens parisiens qui reçoivent leurs confrères, non plus ; Sans nos amis, la famille, tous ceux qui ont répondus tout de suite, qui ont compris que c’était à ce moment précis qu’il fallait être là, évidemment non plus. Nous avons eu des aides de gens riches, de gens modestes, de gens qui ne nous connaissaient pas une heure avant. On était ahuris.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que je vous donnerai des nouvelles de l’ACP de temps en temps. Alors à bientôt !

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Chili, Rancagua – Recuerdos y mucho mas

J’ai grandi dans la région de Rancagua, à une heure au sud de Santiago, au centre du Chili. Chaque matin, j’embarquais dans la 2CV de ma mère (la meilleure voiture pour traverser les champs selon elle), elle me ficelait comme un saucisson, (il n’y a avait pas de ceintures de sécurité), et on filait pour l’école dans un nuage de poussière. Quand je dis 2CV, je me comprends. A l’époque (début 1970), les français avaient importé de pièces détachées de 2CV que les Chilien devaient monter sur place – bien moins cher que de transporter des voitures entières. Cela donnait notre Citroneta nationale, ou « petite Citroën » – une berline-pick-up-franco-chilienne, avec l’arrière aussi carré qu’un logement le Corbusier et une grosse roue de rechange pour le côté jeepesque. La route était bordée d’eucalyptus géants et de la fenêtre, je pouvais voir la Cordillère des Andes et la cordillère de la côte (plus petite et parallèle aux Andes), qui font de cette vallée centrale un cocon doux totalement inattendu dans un pays où la géographie est une furia permanente. En une seconde, la voiture était pleine de parfums de menthol et d’air pur des Andes.

Après le chemin d’eucalyptus, ma mère attrapait la Carretera Panamericana qui relie L’Alaska à Puerto Montt, sauf que pour nous, l’aventure s’arrêtait à Rancagua. Sur la Plazza de los Heroes il y avait toujours plein de monde, à pied, à cheval, des vieux, des jeunes, des huasos (les cow-boys chiliens) sortis de leurs fundos pour commenter les affaires locales, des mères de familles pressées comme la mienne… Quand j’y allais avec mon père, il trouvait tous les mètres un autre huaso pour parler d’une urgentissime question politique. Avec ma mère, les questions se discutaient entre femmes, au marché, et pour que je me tienne tranquille, elle m’achetait un dulce chileno, une pâte feuilletée remplie de manjar blanco (sorte de crème de caramel). Du beurre, du lait, du sucre, en quantité industrielles, sauf que là, c’était fait maison (casero), avec amour, et donc, doublement bourratif. Mon odorat était si habitué au parfum du dulce que je pouvait le sentir à peine la Citroneta pilait devant le marché. Et bien après même, quand je rentrais de l’école par un chemin envahi de boldos, de lingues et de tous les arbres qui n’existent que dans cette région du Chili, et que les parfums de la végétation se mêlaient aux traces de manjar qui étaient restées collées sur mon uniforme.

J’ai gardé précieusement deux adresses formidables quand j’ai fait mon reportage sur les huasos pour National Geographic (avec Franco Zecchin). Une occasion de voir autre chose de l’Amérique du Sud et du Chili que le désert d’Atacama et la Patagonie… Et à seulement une heure de Santiago.

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