Comment j’écris mes livres

Quand j’ai écris mon premier livre, il n’y avait ni internet, ni Google, ni aucune des facilités qu’il y a aujourd’hui pour entrer en contact avec le monde. Tout se faisait par téléphone fixe ou fax. Les 30 destinations que compte ce premier livre (et que j’ai toutes visitées), je les ai trouvées principalement en allant dans le bibliothèques et en discutant avec des amis. Je commençais mes journées au Centre Pompidou. Ensuite, je téléphonais et j’envoyais des fax aux quatre coins de la planète. C’était un vrai labeur, répétitif, solitaire, qui pour faire quelque chose de bien demandait une persévérance de tous les diables. Quand j’y repense, cela me parait assez fou. Je devrais tenir compte des décalages horaires (pour téléphoner du moins), ce qui fait que pendant un bon bout de temps, j’ai été quasiment suspendue au bout du fil 24 h sur 24, de Rio à Tokyo. Il me fallait expliquer mil fois mon projet à la personne, ou aux personnes, au bout de la ligne car pas moyen d’envoyer un simple lien sur lequel cliquer. Quand les réponses arrivaient enfin, elles me réveillaient au milieu de la nuit, mes interlocuteurs faisant allégrement l’impasse, eux, sur le décalage horaire. Je me rappelle mon euphorie, en découvrant dans ma boite aux lettre des paquets en provenance de Hong Kong ou de Patagonie, remplis de documents et de photos qui allaient me permettre d’écrire une belle histoire. Ma déception, quand après des mois de tractations, les dits paquets arrivaient avec seulement quelques feuilles de papiers inutilisables.

Internet a tout balayé. Les moments d’attente atroces à remuer ciel et terre pour obtenir un document en songeant à la deadline. Les explications interminables dans toutes les langues possibles. Les piles de fax que j’emportais avec moi, à toutes fins utiles. Et aussi, l’atmosphère d’inconnu total que comportaient alors les voyages.

Je suis pourtant restée old fashion. J’écris mes premières impressions d’abord sur un carnet. Pendant mes voyages, je prends des notes, des photos, je fais des collages, des dessins tout cela constitue ma base de données. Ensuite, j’élague. C’est souvent douloureux, car j’ai horreur de jeter. J’ai le sentiment d’abandonner le meilleur. Mes histoires demandent une construction très précise. Comme je n’ai pas une place infinie et qu’il y a des choses qui me semblent importantes, je morcelle pour trouver le meilleur équilibre. Une dose de composante personnelle. Une dose de références à des artistes que j’aime (c’est le propre de la série Hotel Stories). Une dose de descriptions de lieux. Je vois ça comme un film. L’entrée en scène des personnages, le décor, le point de vue du réalisateur. Je ne me compare pas à John Ford, loin de là, mais j’ai beaucoup appris en lisant des livres sur les techniques des westerns qui ont fait découvrir l’Amérique aux Américains en montrant des personnages constamment en déplacement. J’essais de garder cette idée de mouvement, cette notion d’action, de faire en sorte qu’il se passe quelque chose. Pas seulement de parler de voyages ou de lieux, mais si je peux, de raconter des histoires.

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Anchorage, deux endroits et une rencontre

Oh, il ne faut pas s’attendre à des musées et à milles choses à voir ici ! Anchorage n’est pas une belle ville. Rien de très excitant à première vue. Charme zéro. Mais… mais…

En se promenant avant ou après le grand saut dans la nature, on attrape un peu ce qui fait la vie en Alaska. Le vieux Fourth Avenue Theatre, datant de 1941, sur l’avenue du même nom. Le Club Paris, Steak house & cocktail bar (417W.5th Avenue), ouvert lui, depuis 1957, ancien funérarium, (le bar était la chapelle), cadre d’un meurtre (jamais résolu dit-on), réputé pour son ambiance, ses martinis et ses steaks d’enfer. Les gens, inattendus, comme Rod Perry et son traîneau…

Il vendait ses livres à un carrefour, avec à côté de lui, le traîneau qu’il avait construit. Des livres sur quoi ? Sur son expérience de pionnier de l’Iditarod race, la plus célèbre course en chiens de traineaux du monde. « The Last Great Race on Earth » – 1850 km d’Anchorage à Noma généralement sous -40°… Il n’ y avait personne autour. Pas de fans. Pas de queue de lecteurs. Pas de service de presse ni de représentant d’un éditeur. Une table en bois, quelques ouvrages posés dessus, c’est tout. J’ai acheté le plus récent (sur ses conseils) parce quand on écrit, on sait ce que c’est que de vendre ses livres. Il me l’a dédicacé tranquillement. « J’ai un site internet, il m’a dit, mais il n’est pas très à jour ». Il s’excusait. J’ai imaginé la même situation en Europe. Un grand aventurier, ayant réalisé un tel exploit (plusieurs fois, de surcroît) vendant ses livres dans la rue, attendant le chaland sans un chat autour, et s’excusant en plus. Ça, ça n’arrive pas souvent pour sûr. Ce fut mon dernier souvenir d’Alaska. Cet homme qui avait accompli un exploit digne de paraître dans les livres d’histoires, et qui a posé pour ma photo avec une fierté sans manières, simplement heureux de susciter de l’intérêt. Nous avons bavardé un peu, et quand je l’ai quitté et qu’il m’a tendu sa main, j’ai été heureuse de la lui serrer.

www.rodperry.com et www.iditarod.com

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Alaska, Kachemak State Park, thanks to Kevin & the Sidelinger clan

Il n’y a pas que le voyage dans la vie… Il y a le mal que les gens se donnent pour vous. Les moments qu’ils vous offrent. Les histoires qu’ils vont, ou non, vouloir vous raconter. Le Kachemak Park, c’est Kevin qui nous l’a fait découvrir. On ne peut y arriver que par bateau ou avion. Il n’y a pas de routes pour rejoindre la plupart des sites du parc. La faune, la flore, l’horizon, l’air limpide, les montagnes qui disparaissent dans les nuages… tout est unique. Pas une seconde n’est perdue. Pas une instant n’est moins qu’extraordinaire. C’est un sanctuaire pour les ornithologistes. Les baleines viennent s’y nourrir de plançons particulièrement riches. En quelques minutes de marche, nous sommes passés de la toundra, aux icebergs, aux forêts d’épicéas géants parsemées de mousses, de plantes et de fleurs inconnues ailleurs. Pendant la randonnée, un ours brun a croisé notre route. Le temps de réaliser, et il s’est mis à pleuvoir. Pleuvoir ?!!! Ah ! Des ruisseaux, des torrents, oui ! Heureusement, Kevin avait tout ce qu’il fallait dans son sac (et aussi les sandwichs de Lucinda). Vu que je n’avais que mon jean et des baskets, c’était une chance. On a enfilé les vestes, les surbottes en gore tex, tout ce qu’on pouvait du moment que cela protégeait… Fallait nous voir. Fashion Week en Alaska ! Plus tard, on a prit des kayak pour aller jusqu’aux glaciers. On a suivi Kevin en pagayant lentement. A un moment, on pouvait presque les toucher. La lumière était phénoménale et personne ne parlait (on dit que le parc compte environ 160.000 hectares de glaciers…). C’était un voyage fou, que j’avais fait simplement parce que je voulais l’Alaska, et maintenant, j’étais là, aux pieds de ces murailles démesurées… A cet instant, j’ai savouré ma chance. Les couleurs surtout, laissaient sans voix. Des bleus cinglants. Des blancs cru. Une subtilité inouïe. Au retour, ça sentait le vieux bois, la végétation mouillée, des textures de mousses et de plantes qu’on ne trouve qu’ici. On s’est arrêtés un instant chez le gardien du parc pour se réchauffer. Gardien qui vivait dans sa cabane seul depuis des mois, et avait laissé sa famille en ville. La joie de vivre, la gentillesse, l’humour qu’il mit dans ces quelques instants, furent une grande leçon. Plus tard, Kevin a cueilli un peu de mousse qu’il ne connaissait pas pour pouvoir l’étudier. Nous sommes tous rentrés vannés. A peine la force de mettre les photos sur l’ordinateur. Pour tout dire, ce dont je rêvais, c’était d’un bon vieux whisky on the rocks !

http://dnr.alaska.gov

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