Taos avec Lindsey

Qu’est ce qui fait la beauté d’un lieu ? L’architecture ? L’histoire ? Les gens ? Où est-ce ce que l’on cache au fond de soi qui transforme une esquisse en une réalité, fait apparaître un rocher, une personne, un décor ?

Pour certains, Taos est le village historique, le pueblo patrimoine de l’UNESCO, (entre autre à cause de son architecture « pueblo » typique, en adobe fin du XIII e siècle, qui vous bascule dans l’ère préhispanique des Amériques), pour moi, c’est Lindsey et sa boutique infernale. Je suis entrée et il était là. Il riait avec un client. Déjà, ça, j’ai aimé. Lindsey Enderby et sa femme Nancy ont ouvert leur boutique il y a plus de vingt ans. C’est drôle comme on voit tout de suite si quelqu’un a l’air d’aimer ce qu’il fait. Lindsey a vraiment l’air de bien s’amuser. Il vous accueille en faisant les présentations, demande d’où vous venez, ce qui vous a amené là. C’est simple, naturel, comme cela devrait toujours être. Nous avons parlé rodéo (d’ici et au Chili), voyages (il est texan), livres, cow-boys « le seul véritable héro américain » dit-il, Stetsons… Bottes ! Ah, ça, il faut voir sa collection ! Des années 40 à aujourd’hui. En bavardant, je l’imaginais encore à son bureau à trois heures du matin à revoir sa marchandise. Il a des formules comme « montez votre cheval comme si vous l’aviez volé ! » Nous avons aussi parlé des changements de vies, des hasards qui nous avaient tous les deux propulsés ailleurs, de la liberté que nous y avions gagné. A un moment, je lui ai demandé pourquoi il s’était installé à Taos. Il m’a répondu comme un cow-boy, avec un sourire en coin, en se grattant le front sous son Stetson, « Nice place ». http://www.cowboythings.com/

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Taos, Native Land, Native People

Il faut s’y trimballer ! Que 170 kilomètres depuis Santa Fe mais alors, interminables. Remarquez, vous avez le temps de noter quelques grands classiques du mythe américain. Un vieux bar pourave. Une cantina moribonde. D’immenses boîtes de nuit, – c’est écrit en énorme dessus – pourvues de leurs non moins immenses parkings. Et en arrivant à Taos, du mall à foison.

Heureusement, il y a les paysages autour. Epoustouflants. Et les imprévus. Les perles fines. Je suis entrée dans un poste d’essence où on vendait absolument de tout, même des beaux livres, dont le somptueux Native Land Native People, regroupant des clichés du grand Edward S.Curtis (1868-1952). Le talent à l’état pur d’un fou de voyages, qui commença par suivre son père épicier-prédicateur dans les paroisses les plus dispersées, à cheval, en canoë, par tous les moyens imaginables. En 1906, il entreprit de photographier les amérindiens des 80 tribus existantes. Projet soutenu entre autre par le président Roosevelt. Une course contre la montre s’amorça alors de 1907 à 1930, l’emmenant chez les Pueblo, les Blackfeet, les Algonquins, les Hopi… On dit qu’il mangea indien, parla indien, devint indien. Résultat : quelques 50.000 clichés magistraux, de paysages, visages, scènes de la vie de chaque jour, d’humanité dans toute sa richesse.

Quand un photographe de cette trempe, passionné par le monde, aventurier, ethnologue, et l’un des premiers photojournalistes, traverse mille fois un continent pareil pour rendre hommage à la nation indienne, cela donne forcément un travail magnifique. Et quand on le découvre au fin fond d’une vieille station d’essence, c’est encore plus beau. (Rassurez- vous, le livre est aussi sur Amazon – parce qu’il pèse son poids).

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Santa Fe, où dormir

Alors… L’idée étant de voir le marché, j’avais choisi un hôtel en ville. Le Inn on the Alameda, idéalement situé près des boutiques de Canyon Road, galeries, restaurants, et du marché, avec un décor typique de Santa Fe (la ville est site protégé), but, but…. Le mini bar de la chambre était totalement vide – une sorte de spleen vous prend quand vous découvrez cette vacuité totale – et il n’y avait rien à vendre à la réception. Ce qui veut dire que si vous avez envie d’une mignonette (ou d’eau fraîche – je ne suis pas alcolo) à onze heures du soir, macache. Le personnel ne faisait pas dans l’excès de présence (juste là pour le check in/check out – Hors de ça, adios amigo). Les chambres ? Convenables, sans plus. Mais comme a dit une amie, pour rester deux jours, il vaut mieux être près de l’action. Donc, correct et bien situé.

En fait, je voulais aller à L’Encantado Resort (un Leading Small Hotels), à 15 mn de Santa Fe pour être au milieu de la nature mais ils n’avaient pas de chambre libre. Je décidais d’y passer dans la soirée. Un ciel violet couvrait les vallées et les plaines. Pas un humain en vue. Juste le Rio Grande, et très vite, plus rien à part la toundra, les dunes, et de vagues pistes dans le désert. Les casitas design étaient empourprées aux pieds des Sangre de Cristo Mountains. Une cuisante douceur recouvrait les lieux. C’est simple, on aurait dit que le paysage attendait d’être conquis par l’homme.

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